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Métier ASC

Métier ASC

L'animateur socioculturel ou l'animatrice socioculturelle gèrent et animent des institutions, services, associations ou mouvements. Leur public, très varié, peut être constitué d'enfants, de jeunes, d'adultes, de personnes âgées ou d'immigrés.
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Définition

L'animateur socioculturel ou l'animatrice socioculturelle gèrent et animent des institutions, services, associations ou mouvements. Leur public, très varié, peut être constitué d'enfants, de jeunes, d'adultes, de personnes âgées ou d'immigrés. Ils peuvent également être amenés à travailler avec des personnes souffrant d'un handicap physique ou psychique, ou en proie à des difficultés diverses. Tout en renforçant l'autonomie de ces personnes, ils leur donnent les moyens d'imaginer et de réaliser des projets d'activités et de développement tant sur le plan social que politique, culturel, éducatif et des loisirs.

Un métier peu facile à définir

Que fait un animateur ? Quelle est la face visible de ce métier ? Il semble que chacun travaille selon ses convictions. Au mot « révolutionnaire »,

Alain Simonin préfère celui de « novateur », au cours de cette conversation entamée sur le Bateau Genève :

Je crois que les animateurs ont toujours été à la recherche de leur identité. Incroyable, cette difficulté à se définir.

" C’est difficile pour eux, parfois culpabilisant, parce qu’on leur renvoie souvent des images négatives ou stigmatisantes. C’est légitime, parce que c’est une profession récente. Plus récente que celle d’éducateur ou d’assistant social.  Comme pour toutes les professions sociales,"

" il y a un enjeu de « contrôle social » mais il y a aussi un aspect « bouger les murs » et « bouger la ville » pour qu’elle retrouve un aspect humain par le jeu des enfants. Donc, il y a un aspect aussi innovateur ou novateur, non pas révolutionnaire. Il y a eu tout un courant dans lequel les animateurs se pensaient comme des révolutionnaires et ce fût une impasse." 

Normaliser ou travailler dans la marge ?

Que faire alors ? D’un côté la profession a besoin d’une sorte de formalisation des rôles de l’animation. En réaction, on assiste en même temps à des expériences marginales. Comment peut-on définir cette marginalité ?   

Voici ce qu'en dit Bernard Crettaz : " Nous savions que la vraie vie se déroulait dans la marge. Et, au fond, qu’est-ce que c’est d’être dans la marge ? On était traités de marginaux. Il y a même eu un moment où on se posait la question : Où est la centralité sociale ? Et moi, cela m’arrivait de dire que la centralité sociale, on la trouvait dans les périphéries, dans les marges, dans les restes. Ces mots, « marges » et « restes », jouent un rôle clé dans ma sociologie."

Etablir un référentiel des actions de l’ASC

A la fin des années 80, face aux autorités qui subventionnent et qui ont besoin de données objectives, les animateurs et animatrices sont interpellés afin d’établir un référentiel des actions.

Deux chercheurs du Service de la recherche sociologique, Marlyse Margairaz-Arni et Michel Vuille, se lancent dans une vaste étude sur les pratiques d’évaluation. Dès 1989, ils sont accompagnés d’un groupe de recherche composé de professionnels de l’animation, dont Jo kurz (Pâquis) et Joëlle Libois (Jonction), ainsi que de Marie-Christine Kluker et Claude-Alain Chesaux, tous deux animateurs rattachés au Secrétariat permanent de la CCCLR. Se déplaçant dans sept Centres et terrains d’aventure – St- Jean, Lancy-Voirets, Chêne-Bourg, Meyrin-Vaudagne, Aïre-Le Lignon, Eaux-Vives, Jonction – ils questionnent, observent, et se réunissent pour échanger. 

Ces chercheurs ne sont pas là pour évaluer, mais pour saisir la manière dont les acteurs construisent la réalité de leur évaluation via les représentations sociales. " Cette recherche devait être l’expérience pilote à partir de laquelle les gens de l’animation pourraient imaginer pratiquer en s’appropriant des modèles d’évaluations dynamiques."

Une grande masse d’information relatives aux pratiques des Centres peut ainsi être collectée et c’est une première ! Cela permet d’observer que, quel que soit le mode d’organisation du Centre de loisirs, de la Maison de quartier ou du Terrain d’aventures, trois niveaux interdépendants qui soutiennent les actions d’animation peuvent être identifiés partout :

  • L’Orientation Générale de l’Action (OGA : Pourquoi ? Pour qui ?)
  • La Logique d’Action (LA : comment ?)

  • La Réalisation de l’Action (RA : mise en œuvre).

Une charte cantonale de l'animation socioculturelle

Au début des années 90, il apparaît à tous qu’il faut trouver ensemble des termes et un langage communs qui soient un socle sur lequel on puisse bâtir les actions sociales. La prévention prend des couleurs collectives et individuelles.

La signature de la Charte (1993) a été un passage important dans l’histoire de l’ASC. Le constat fait état d’une société qui ne joue plus le rôle intégrateur qu’elle avait dans le passé. Il faut donc agir sur le lien social et ses dimensions culturelles, à la fois au niveau collectif et au niveau individuel.

Aujourd’hui, peut-on encore s’inspirer de Mendel, Illich, Paolo Freire ?

Joëlle Libois évoque pour nous les paradoxes des métiers du social, en faisant référence aux écrits d’Edgar Morin, lorsqu’il parle de la dimension complexe du monde actuell

"Je pense que les références qui font date sont celles qui durent dans le temps. Dernièrement, j’étais avec des animateurs avec lesquels on reparlait justement de Mendel, Illich, Paolo Freire, Fernand Deligny... Des gens qui étaient totalement décalés à l’époque. Quand on en parle aujourd’hui, les étudiants disent que ce courant de pensée leur est familier. Simplement, ils ont la capacité de l’adapter à la situation actuelle."

" Pour moi, la grande référence aujourd’hui, c’est clairement autour de Morin, autour de la dimension complexe. Il faut que les étudiants comprennent cette complexité du monde actuel. On ne peut plus être dans une pensée binaire ou linéaire. Et là, on a des apports sur les questions paradoxales, il faut apprendre à travailler avec le paradoxe, ne pas vouloir passer à côté ou le résoudre.  La systémique aussi a pris une grande place ; ce n’est pas nouveau, mais cela s’ancre maintenant dans les pratiques. Et puis, un gros référentiel que nous avons ici à Genève, c’est l’ONU, avec ses dix-sept recommandations à l’aune de 2030. Le travail social est complètement sur les mêmes problématiques. Tout à coup, on a un cadre référentiel posé au niveau mondial, c’est ce qui est nouveau."